
Photo : David Fintz, Unsplash
Il connaît le métier, l'équipe, les clients. Il a la confiance de ses collègues, il a fait ses preuves. Sa promotion était logique. Mais lundi matin, il encadre ceux avec qui il déjeunait vendredi midi. Et avec qui il râlait, parfois, contre les décisions qu'il va désormais prendre lui-même.
Les premières semaines se passent bien. Tout le monde fait comme si rien n'avait changé. Puis arrive le premier sujet délicat, et il découvre que le cadre n'a jamais été posé. Personne ne l'a fait. Lui le premier.
Changer de place sans changer de bureau
Le manager promu en interne vit un déplacement que personne ne voit vraiment. Il change de rôle sans changer d'étage, parfois sans changer de collègues de pause. Ses anciennes relations sont toujours là, et elles pèsent.
Pour traverser ce passage, beaucoup prononcent la même phrase, par sincérité ou pour rassurer : « Entre nous, rien ne change. » Elle part d'une très bonne intention. Elle a un seul défaut : elle est fausse.
Et elle se retourne contre lui le jour où il doit recadrer un ancien collègue. Si rien n'a changé, de quel droit le fait-il ? L'autre peut le vivre comme une trahison, et il n'aura pas complètement tort : on lui avait promis le contraire.
À cela s'ajoute souvent un doute plus intime. A-t-il vraiment le droit de dire à quelqu'un qui connaît le métier aussi bien que lui, parfois mieux, ce qui ne va pas ? Ce doute le fait attendre, laisser passer, compenser.
Ce que ça lui coûte
Ses anciens collègues se posent des questions qu'ils ne poseront pas à voix haute. Va-t-il changer ? Va-t-il répéter ce qu'on se disait ? Serai-je mieux traité, ou moins bien ? Tant que personne n'y répond, chacun s'invente sa réponse. Rarement la bonne.
Le premier écart arrive tôt ou tard : un retard, une consigne contournée, une remarque en réunion. Toute l'équipe regarde comment il va le traiter. S'il laisse passer chez un ami ce qu'il relèverait chez un autre, la proximité devient un passe-droit aux yeux de tous. Son autorité s'effrite, et l'amitié n'en sort même pas grandie.
Il se retrouve alors dans la position la plus inconfortable qui soit : plus tout à fait collègue, pas encore tout à fait responsable. Assis entre deux chaises, ce qui n'a jamais été très bon pour le dos.
Pourquoi il ne s'en sortira pas seul
Ce manager est pris entre deux places, et c'est précisément ce qui l'empêche de voir clair. Il a besoin de parler de ses anciens collègues avec quelqu'un qui n'en fait pas partie, et de son nouveau rôle avec quelqu'un qui ne l'évalue pas.
Or autour de lui, chacun a un enjeu. Ses anciens collègues attendent de voir. Ses nouveaux pairs le jaugent. Sa hiérarchie attend qu'il réussisse sa prise de poste. Avouer qu'il hésite à recadrer une amie, c'est avouer une faiblesse au moment précis où il doit faire ses preuves. Il lui faut un lieu sans enjeu, avec un regard extérieur et direct.
Ce qu'un coach lui apporte
Un endroit pour démêler l'amitié et le rôle. Je l'aide à voir ce qui le retient : la loyauté, la peur de trahir, le souvenir de ce qu'ils disaient ensemble des chefs. Tant que tout cela reste emmêlé, il hésite. Une fois démêlé, il sait ce qu'il protège et ce qu'il peut assumer.
La question de sa légitimité, posée franchement. D'où croit-il qu'elle doit venir ? De l'ancienneté, de l'expertise, de l'approbation de ses anciens collègues ? En regardant la question en face, il découvre qu'elle vient de son rôle, et qu'elle se construit dans les conversations qu'il ose avoir.
Un regard extérieur au bon moment. Les premiers mois décident de beaucoup, et c'est souvent là qu'il est le plus seul. Avoir un regard extérieur pendant que les habitudes ne sont pas encore prises change la façon dont il s'installe dans son rôle. Après, c'est toujours possible. C'est juste plus long.
Ce qu'il garde, c'est ce qui a justifié sa promotion : la connaissance du terrain, la confiance de l'équipe, sa compréhension de ce que vivent ses collaborateurs. Des atouts qu'un manager venu de l'extérieur mettra des mois à acquérir.
Ce vers quoi l'on va
Un manager qui a pris son rôle sans renier d'où il vient. Qui peut recadrer un ancien collègue aussi simplement que n'importe qui. Dont l'équipe a cessé de se demander s'il y a des passe-droits. Et qui a gardé, avec ses anciens collègues, une relation plus claire qu'avant.
Pour vous, l'enjeu est là : une promotion interne qui tient ses promesses, avec un manager qui s'installe vraiment dans son rôle au lieu de rester assis entre deux chaises.
Une situation type
Un technicien est promu chef d'équipe. Dans l'équipe, il y a sa collègue la plus proche, avec qui il partage ses pauses depuis des années. Il lui dit, le premier jour : « Entre nous, rien ne change. »
Quelques semaines plus tard, elle prend l'habitude de partir plus tôt le vendredi. Les autres le remarquent. Il ne dit rien, coincé entre l'amitié et le malaise. Accompagné, il comprend que sa phrase du premier jour lui a lié les mains. Il retourne la voir, non pas pour parler du vendredi, mais pour dire ce qu'il aurait dû dire au départ : qu'il tient à leur amitié, et qu'il va appliquer les mêmes règles à tout le monde, elle comprise. La conversation sur le vendredi devient ensuite presque une formalité.
En résumé
Un manager promu en interne n'a pas à choisir entre ses anciens collègues et son nouveau rôle. Il a à oser dire que les choses ont changé. C'est ce qui lui permet de garder les deux.